
Il y a des procès que toute une île attend. Celui qui s’est ouvert ce lundi 28 septembre 2026 devant la Cour d’assises des mineurs de la Guadeloupe en fait partie. Jusqu’au 2 octobre, six accusés vont répondre, à Basse-Terre, de la mort d’un homme tué chez lui il y a trois ans. Maître Grégory DORANGES, avocat spécialiste en droit pénal, assure la défense de l’un d’eux.
Une nuit au Gosier
Le 22 septembre 2023, peu avant minuit, un chef d’entreprise de 39 ans rentre à son domicile du Gosier. Il est connu dans le secteur de la climatisation. Des coups de feu éclatent. Touché à la poitrine, il meurt sur place, sous les yeux de ses proches, malgré l’arrivée rapide des secours, selon RCI.
Dans les premiers jours, rien n’est écarté. La police judiciaire de Pointe-à-Pitre explore la piste d’un cambriolage qui aurait mal tourné, mais aussi celle d’un différend professionnel ou personnel. Les images de vidéosurveillance montrent plusieurs individus autour de la maison, dont un au moins armé.
L’enquête avance vite. Le 13 octobre 2023, trois premiers suspects sont présentés à un juge d’instruction puis placés en détention provisoire. D’autres interpellations suivent. En mai 2024, lors d’une conférence de presse, la procureure de la République de Pointe-à-Pitre fait le point : huit jeunes hommes sont mis en cause, sept d’entre eux sont détenus, le huitième est placé sous contrôle judiciaire.
Une affaire qui a secoué la Guadeloupe
Le choc a d’abord tenu au lieu. Un homme tué sur le seuil de sa maison, dans un quartier résidentiel, devant sa famille : chacun pouvait se projeter dans cette scène.
Il a tenu ensuite au contexte. Cette mort était le seizième décès par arme à feu recensé en Guadeloupe depuis le début de l’année 2023. Elle s’inscrivait dans une série de faits de violence armée qui nourrissaient déjà l’inquiétude de la population.
Il a tenu surtout à l’âge des mis en cause. Entre quinze et dix-neuf ans au moment des faits. Cette donnée a fait sortir l’affaire du simple fait divers : la presse de l’archipel l’a suivie à chaque étape de l’instruction, et elle a été relayée bien au-delà de la Guadeloupe, jusque dans les médias de La Réunion. Derrière ce suivi, une question que les Guadeloupéens se posent à chaque drame de ce type : comment des adolescents se retrouvent-ils mêlés à un projet de vol armé ?
À la veille de l’audience, Guadeloupe La 1ère et France-Antilles sont longuement revenues sur le dossier. Trois ans après les faits, l’attente reste entière.
Des accusations lourdes, une présomption intacte
Six accusés comparaissent devant la Cour d’assises des mineurs. Les deux plus jeunes, qui n’avaient que quinze ans, seront jugés à part par le Tribunal pour enfants statuant en matière criminelle après disjonction de leur dossier.
L’accusation leur reproche, comme auteurs ou complices selon le rôle prêté à chacun, un meurtre précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime et une tentative de vol avec arme. Commis par un adulte, le premier de ces crimes est puni de la réclusion criminelle à perpétuité conformément aux dispositions de l’article 221-2 du Code pénal.
Vous ne lirez ici aucun récit des débats, et c’est la loi qui le veut. Devant la Cour d’assises des mineurs, seules quelques catégories de personnes peuvent assister aux audiences. Publier le compte rendu des débats, ou quoi que ce soit touchant à l’identité et à la personnalité des mineurs poursuivis, est interdit. L’avocat pénaliste y est tenu comme tout le monde.
Une juridiction répressive à part
La Cour d’assises des mineurs juge les crimes reprochés à des mineurs d’au moins seize ans. Elle juge avec eux leurs coaccusés majeurs lorsque les faits forment un tout. Deux régimes de peine cohabitent alors dans le même box.
Pour ceux qui étaient mineurs, la loi divise par deux la peine encourue, et la perpétuité devient vingt ans au plus. La Cour d’assises peut écarter cette règle pour un mineur de plus de seize ans, à titre exceptionnel et par une décision spécialement motivée ; le plafond passe alors à trente ans. Dix années d’écart. Elles se jouent souvent sur la capacité de la défense à faire comprendre qui est l’accusé.
Tout le travail de l’avocat pénaliste, dans un procès à plusieurs, se loge là. L’accusation décrit un groupe. La défense doit faire apparaître une personne : ce qu’elle savait, ce qu’elle voulait, ce qu’elle a fait ou n’a pas fait cette nuit-là, et le chemin parcouru en trois ans. Des mois de préparation pour quelques heures de parole.
Des procès qui ont marqué la Guadeloupe
Maître Grégory DORANGES connaît bien la salle d’audience de la Cour d’assises de la Guadeloupe. En février 2022, il y représentait des parties civiles au procès des accusés du meurtre d’Alain Célini, retraité tué au Gosier en novembre 2018.
En octobre de la même année, il se tenait devant la Cour d’assises des mineurs, celle-là même qui siège cette semaine, pour défendre les parties civiles dans l’affaire Zempache, du surnom de Dimitri ZAMI, tué le 31 mars 2019. Il les a de nouveau défendues en appel, en avril 2023.
Trois dossiers, trois crimes qui ont ému l’archipel. Hier aux côtés des victimes, aujourd’hui en défense. Avoir porté la voix d’une famille endeuillée devant cette même juridiction donne une lecture précise de ce qu’attend une Cour appelée à juger des jeunes gens pour un crime de sang, et de ce qu’elle doit entendre de la défense.
Avocat certifié spécialiste en droit pénal, Maître DORANGES intervient très régulièrement en Guadeloupe et ceci tant à Basse-Terre comme à Pointe-à-Pitre.