Doranges Avocat

L’audit du risque pénal en entreprise

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Face à une pénalisation croissante du monde des affaires, l’audit du risque pénal en entreprise s’impose comme l’outil de prévention le plus stratégique dont dispose un dirigeant pour protéger sa responsabilité et celle de sa structure. Encore trop méconnu, il constitue pourtant le premier rempart contre une mise en cause pénale aux conséquences potentiellement dévastatrices — et, lorsqu’une procédure ne peut être évitée, le meilleur atout pour en négocier l’issue.

En France, la pénalisation du monde des affaires est une réalité que nul dirigeant ne peut plus ignorer. L’environnement normatif dans lequel évolue l’entreprise n’a cessé de se complexifier au cours des dernières décennies, multipliant les obligations légales et réglementaires dont la méconnaissance ou le non-respect est susceptible d’engager, de manière directe ou indirecte, la responsabilité pénale du chef d’entreprise et de sa structure. Un contrôle de l’inspection du travail qui révèle une carence en matière de sécurité, un redressement fiscal qui dégénère en poursuite pour fraude fiscale, un accident mortel du travail, une relation commerciale entachée de corruption : chacune de ces situations peut conduire un dirigeant devant le Tribunal correctionnel — quand elle ne débouche pas sur une information judiciaire.

Pourtant, force est de constater que la très grande majorité des chefs d’entreprise sous-estime encore considérablement ce risque pénal lié à leur activité professionnelle. Occupés à piloter leur développement commercial, à gérer leurs équipes et à surveiller leurs indicateurs financiers, ils ignorent souvent que chaque décision de gestion, chaque relation contractuelle et chaque choix organisationnel peut receler une exposition pénale latente. Plus grave encore, certains se croient protégés parce qu’ils sont assistés d’un expert-comptable ou d’un avocat d’affaires — ignorant que ni l’un ni l’autre ne dispose de la formation spécifique pour identifier et prévenir le risque pénal.

L’audit du risque pénal en entreprise répond précisément à ce besoin : identifier, cartographier et neutraliser les zones de vulnérabilité avant qu’elles ne se transforment en procédure pénale. Il permet également, lorsqu’une procédure ne peut être évitée, de démontrer que le dirigeant a agi avec toute la diligence attendue. Cet article a pour objet de présenter ce qu’est l’audit du risque pénal en entreprise, d’en décrire la méthodologie et les enjeux, et d’expliquer pourquoi sa conduite doit impérativement être confiée à un avocat spécialiste en droit pénal.

I – LE RISQUE PÉNAL EN ENTREPRISE : UNE RÉALITÉ PROTÉIFORME AUX CONSÉQUENCES DÉVASTATRICES

1.1 La pénalisation croissante du monde des affaires : un phénomène structurel

Le risque pénal n’est pas une abstraction juridique réservée aux grandes affaires médiatisées. Il est, au contraire, une donnée concrète et quotidienne de la vie des entreprises, quelle que soit leur taille, leur secteur d’activité ou leur forme juridique.

La multiplication des obligations légales pesant sur les structures et leurs dirigeants a mécaniquement accru leur exposition pénale : droit du travail, droit fiscal, droit de l’environnement, droit de la concurrence, réglementation relative à la protection des données personnelles, législation anti-corruption, devoir de vigilance… Autant de champs normatifs dont la violation est susceptible d’entraîner des poursuites pénales, et dont la maîtrise suppose une expertise que seul un avocat spécialiste en droit pénal peut véritablement offrir.

La loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite loi Sapin II, a constitué un premier tournant en renforçant considérablement les obligations de conformité pesant sur les grandes entreprises. La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre a ensuite étendu la pression normative aux chaînes de sous-traitance. Plus récemment, la loi n° 2020-1672 du 24 décembre 2020 relative au Parquet européen a renforcé les mécanismes de coopération transnationale en matière de lutte contre la fraude aux intérêts financiers de l’Union européenne, ouvrant une nouvelle dimension de risque pour les entreprises bénéficiant de financements européens. Enfin, la loi n° 2021-1729 du 22 décembre 2021 pour la confiance dans l’institution judiciaire a élargi le recours à la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité en matière correctionnelle, modifiant en profondeur la manière dont les procureurs de la République règlent les dossiers concernant des entreprises.

Il serait toutefois erroné de croire que seules les grandes entreprises sont concernées. La très petite entreprise qui emploie un salarié en méconnaissance des règles relatives au travail dissimulé, les petites et moyennes entreprises dont le dirigeant omet d’évaluer les risques professionnels en violation de l’obligation générale de sécurité, l’entreprise artisanale dont un chantier provoque un accident mortel : tous ces acteurs économiques, fussent-ils modestes, sont pleinement exposés au risque pénal.

1.2 Le cadre légal de la responsabilité pénale des entreprises et de leurs dirigeants

Pour rappel, le fondement de la responsabilité pénale des personnes morales – sociétés ou associations par exemple – est posé à l’article 121-2 du Code pénal. 

Le dirigeant doit donc veiller à préserver sa responsabilité pénale ainsi que celle de son entreprise.

1.3 Des situations concrètes qui peuvent surprendre les dirigeants les mieux intentionnés

Le risque pénal a ceci de particulier qu’il frappe souvent des dirigeants de bonne foi, qui n’avaient aucune intention délictuelle mais dont l’organisation défaillante ou les pratiques approximatives ont créé les conditions d’une infraction. Deux illustrations permettent de le comprendre concrètement.

Le dirigeant de bonne foi rattrapé par un accident du travail.

Un gérant d’une société du secteur du BTP confie l’organisation des chantiers à un chef de chantier expérimenté. À la suite d’un accident mortel sur l’un de ces chantiers, il est mis en examen pour homicide involontaire. L’enquête révèle que la délégation de pouvoirs accordée au chef de chantier n’avait jamais été formalisée par écrit et que celui-ci ne disposait pas des moyens budgétaires pour acquérir les équipements de sécurité nécessaires. Un audit du risque pénal aurait permis d’identifier cette faille et d’y remédier en amont.

Si vous souhaitez mieux comprendre le risque pénal pesant sur les sociétés du BTP vous pouvez lire notre article qui est consacré à ce sujet.

Le dirigeant victime d’un partenaire commercial défaillant.

Une société d’import-export contracte avec un distributeur étranger dont elle n’a pas vérifié la réputation en matière de conformité. Il s’avère que ce distributeur verse des commissions occultes à des agents publics locaux pour obtenir des marchés. En sa qualité de donneur d’ordre, le dirigeant français est mis en cause pour complicité de corruption active d’agent public étranger. Un audit pénal incluant une procédure de due diligence sur les partenaires commerciaux aurait permis de détecter ce risque avant la signature du contrat.

1.4 Des conséquences qui dépassent largement la seule sanction pénale

La mise en cause pénale d’une entreprise et/ou de son dirigeant ne se résume pas à la peine susceptible d’être prononcée par le Tribunal correctionnel. Ses conséquences sont multidimensionnelles et souvent sous-estimées.

Sur le plan personnel, le dirigeant placé en garde à vue ou mis en examen subit un choc considérable. La procédure pénale, qui peut s’étaler sur plusieurs années, constitue une épreuve épuisante, qui détourne le chef d’entreprise de la direction de sa société au moment précis où celle-ci a le plus besoin de lui. Une condamnation peut aboutir à une peine d’emprisonnement, à une interdiction de gérer ou à une interdiction professionnelle, mettant ainsi un terme brutal à une carrière bâtie parfois pendant plusieurs décennies.

La mise en cause pénale d’un dirigeant ou de son entreprise n’est pas seulement une affaire judiciaire. C’est une crise globale qui menace simultanément la réputation, la trésorerie, les équipes et la continuité de l’activité. La prévention est toujours moins coûteuse que la réparation.

Outre des formations pénales, Maître Grégory DORANGES propose aux professionnels du coaching pénal afin de les préparer efficacement et concrètement aux enjeux de la procédure pénale.

II – L’AUDIT DU RISQUE PÉNAL EN ENTREPRISE : UNE DÉMARCHE STRUCTURÉE AU SERVICE DE LA PRÉVENTION ET DE LA NÉGOCIATION

2.1 Définition et objet de l’audit du risque pénal

L’audit du risque pénal en entreprise est une évaluation systématique et sur-mesure des processus, pratiques et organisations d’une structure, conduite sous le prisme exclusif du droit pénal. Il ne s’agit ni d’un audit financier ni d’un audit de conformité générale : il s’agit d’une analyse juridique approfondie visant à identifier, poste par poste et domaine par domaine, les zones d’exposition pénale de l’entreprise et de ses dirigeants, à en évaluer la probabilité de survenance et la gravité potentielle, et à proposer des mesures correctives adaptées à la réalité de la structure.

L’objet de cet audit est double. D’une part, il permet de dresser une cartographie précise des risques pénaux. D’autre part, il permet d’évaluer l’efficacité des mécanismes de prévention et de contrôle interne existants, afin de déterminer s’ils sont de nature à établir, en cas de poursuites, la preuve que le dirigeant a accompli les diligences normales attendues de lui.

2.2 Les principaux domaines d’exposition au risque pénal

Le droit pénal du travail constitue l’un des premiers domaines d’exposition des entreprises. L’article L. 4121-1 du Code du travail fait peser sur l’employeur une obligation générale de sécurité à l’égard de ses salariés, dont la méconnaissance, en cas d’accident, est susceptible de caractériser une faute pénale.

L’audit pénal examine notamment l’existence et l’actualisation du document unique d’évaluation des risques, la réalité des formations à la sécurité dispensées aux salariés, la conformité des équipements de travail et la solidité des procédures de signalement des incidents. 

Le droit fiscal constitue un autre domaine d’exposition majeur. La fraude fiscale, incriminée à l’article 1741 du Code général des impôts, est l’une des infractions les plus fréquemment reprochées aux dirigeants d’entreprise.

L’audit pénal permet d’évaluer les pratiques fiscales de l’entreprise et d’anticiper les risques de requalification avant tout contrôle de l’administration.

La lutte contre la corruption constitue, depuis la loi Sapin II, un domaine de conformité incontournable. Pour les entreprises non soumises à ces obligations formelles, l’audit pénal permet néanmoins d’évaluer leurs pratiques commerciales, leurs procédures de sélection des partenaires et leurs mécanismes de contrôle au regard des infractions de corruption active et passive.

III – CONFIER SON AUDIT DU RISQUE PÉNAL À UN AVOCAT CERTIFIÉ SPÉCIALISTE EN DROIT PÉNAL : UNE EXIGENCE DE RIGUEUR, DE CONFIDENTIALITÉ ET D’EFFICACITÉ

3.1 Pourquoi l’audit du risque pénal ne peut être conduit que par un avocat pénaliste

Une idée reçue fort répandue consiste à penser qu’un expert-comptable, un directeur juridique ou un consultant en risques est en mesure de conduire un audit du risque pénal. Cette idée reçue est erronée et peut se révéler dangereuse. Ces professionnels, aussi compétents soient-ils dans leur domaine, ne disposent pas de la formation spécifique en droit pénal et en droit pénal des affaires, ni de la connaissance de la pratique pénale et des juridictions répressives qui sont indispensables à la conduite d’un tel audit.

L’audit du risque pénal requiert une connaissance approfondie du droit pénal et de la procédure pénale. Savoir qu’une pratique est techniquement irrégulière ne suffit pas : il faut comprendre si cette irrégularité est susceptible de déboucher sur des poursuites pénales, dans quel délai, par quel vecteur procédural, et avec quelles conséquences pour l’entreprise et pour son dirigeant. Seul un avocat spécialiste en droit pénal, qui pratique quotidiennement devant les juridictions répressives, dispose de cette vision globale.

3.2 Le secret professionnel : une garantie absolue que nul autre professionnel ne peut offrir

Le secret professionnel de l’avocat constitue l’une des garanties les plus précieuses de l’audit du risque pénal. Les consultations juridiques adressées à un client, les correspondances échangées entre l’avocat et son client et les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel. Ce secret est absolu, perpétuel et opposable à toutes les autorités, y compris les autorités d’enquête et de poursuite.

Concrètement, cela signifie que le rapport d’audit pénal rédigé par l’avocat pénaliste, les documents transmis dans le cadre de l’audit pénal et les informations recueillies lors des entretiens ne peuvent être saisis ni utilisés à charge contre l’entreprise dans le cadre d’une procédure pénale ultérieure. Cette protection est absolument fondamentale : elle garantit une liberté de parole totale des dirigeants et des équipes lors des entretiens, permettant d’identifier les vulnérabilités réelles sans craindre que cet exercice de transparence ne se retourne contre eux.

Un audit ordinaire conduit par un consultant non soumis au secret professionnel de l’avocat ne bénéficie d’aucune protection équivalente.

3.3 Du diagnostic à l’action : un accompagnement global et personnalisé

L’audit du risque pénal conduit par un avocat spécialiste en droit pénal ne se limite pas à la production d’un rapport. Il s’inscrit dans une démarche d’accompagnement global qui débute par le diagnostic et se prolonge par la mise en œuvre des mesures correctives identifiées. Il peut ainsi conduire à la rédaction ou à la révision de délégations de pouvoirs, à l’élaboration de procédures internes de contrôle, à la mise en place de dispositifs d’alerte conformes aux exigences légales, à la formation des cadres et dirigeants aux risques pénaux propres à leur secteur, ou encore à la mise en place d’un dispositif de veille juridique permettant de s’adapter en temps réel à l’évolution de la réglementation.

L’audit pénal peut également donner lieu à des séances de préparation pratique — ce que le cabinet DORANGES AVOCAT désigne sous l’appellation de coaching pénal — permettant aux dirigeants d’anticiper concrètement les situations auxquelles ils pourraient être confrontés en cas de déclenchement d’une procédure : convocation par les services d’enquête, audition libre, garde à vue, perquisition, interrogatoire devant le juge d’instruction, audience correctionnelle. Cette préparation est souvent négligée, mais elle est pourtant déterminante : un dirigeant qui connaît ses droits et a répété les situations difficiles réagira infiniment mieux qu’un dirigeant qui les découvre sous le choc.

L’audit du risque pénal s’impose enfin comme un outil de gouvernance reconnu. Il témoigne, vis-à-vis des partenaires financiers, des investisseurs, des cocontractants et des autorités de contrôle, de la maturité et du sérieux de la gestion de l’entreprise. Dans un contexte où la due diligence pénale devient un standard des opérations de fusion-acquisition et où les donneurs d’ordre multiplient les clauses de conformité dans leurs contrats, disposer d’un audit pénal récent et d’un plan d’actions documenté constitue un atout concurrentiel réel et différenciant.

L’avocat pénaliste ne doit plus être seulement considéré comme le pompier que l’on appelle pour éteindre l’incendie. Il est aussi, et surtout, l’expert que l’on sollicite pour éviter la naissance de la première étincelle — et, lorsqu’un incendie couve déjà, celui qui sait négocier la meilleure issue avec les pompiers.

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L’audit du risque pénal en entreprise n’est pas un luxe réservé aux grands groupes. C’est une démarche de bonne gestion, accessible à toute structure soucieuse de protéger ses dirigeants, ses équipes et son activité contre un risque que la complexité normative rend structurellement inévitable. À l’heure où la pénalisation du monde des affaires s’accélère, où les autorités de contrôle disposent de moyens d’investigation toujours plus puissants et où les condamnations pénales de dirigeants font régulièrement la une de l’actualité économique, ignorer ce risque n’est plus une option raisonnée : c’est une faute de gestion.

Conduire un audit du risque pénal, c’est choisir de regarder en face les vulnérabilités de son entreprise avec les yeux d’un spécialiste qui sait exactement comment la justice les perçoit — et qui dispose de tous les outils pour les corriger avant qu’il ne soit trop tard. C’est aussi, si une procédure devait malgré tout être engagée, disposer d’un dossier qui démontre la bonne foi du dirigeant et peut peser de manière décisive dans la réponse pénale.

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